Splendor

D’abord Splendor est née sans être désirée ni même attendue sur les ruines d’un quatuor à cordes désiré et élaboré et qui, lui, ne prenait pas. Il m’a fallu, telle quelle, la reconnaître et lui céder la place.

Splendor signifie, au sens propre du Latin : l’éclat. Par excellence le feu brillant du soleil, le soleil en face, celui qui sature le regard et immerge l’entendement, inhibe la prise qu’ils exercent sur les choses, aveugle, fascine.

Sans doute cette musique propose-t-elle d’écouter au présent. Faire insister le présent. Chaque instant ici est son propre commencement, sa propre fin. Des commencements qui finissent, des fins qui commencent. Un flux tenace de commencements et de fins resserrés, enlacés pour qu’insiste le présent.
Et demeurer là, dans la foule de ce qui littéralement se présente sans hiérarchie.

Sans doute propose-t-elle encore de faire vibrer la mémoire autrement que sur le mode littéraire, celui du langage, pour lequel ce qui se présente est accumulé/ordonné en vue de produire le sens.
Expérimenter l’insensé en musique. Le senti plutôt que le sensé. Lâcher prise (au risque d’être égaré ?). Consentir à ce qui arrive ; l’oreille musicale permet cela.
Play it by ear.

Et puis il y a cette note étrange de Peter Handke, dans son journal : « Une journée pleine de souvenirs inexplicables comme des secousses dans son déroulement, mais qui en font partie. »

Ecoutez Splendor d’Igor Ballereau (Ensemble Accroche Note – Francesco La Licata)

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Ishi hitotsu – Su u gotoni

ichiaku small

Ishi hitotsu
Saka o kudaruga goto kunimo
Ware ke u hi ni itari tsukitaru

*

Su u gotoni
Hana ga pitari to kooritsuku
Samuki ku u kio suitaku narinu


Comme une pierre
dévale la pente
Je suis arrivé à ce jour-ci

*

À chaque inspiration
Mes narines se glacent
Je voulais tant respirer l’air froid

Ishikawa Takuboku (1887 – 1912)

Ecoutez Ishi hitotsu – Su u gotoni extrait d’Ichiaku no suna (une poignée de sable) d’Igor Ballereau (Etsuko Chida : chant ; Ensemble Der Blaue Reiter)

 

kokoro kara

kokoro kara

              ukitaru fune ni

norisomete        hito hi mo nami ni

nurenu hi zo naki


sur un bateau

             plus incertain que son cœur

je commençai mon voyage          pas un seul jour

ne fut un jour             non inondé de vagues

(Ono no Komachi – Traduction de Jacques Roubaud)

Ecoutez kokoro kara, extrait de yo no naka (en ce monde) d’Igor Ballereau (Jody Pou & Etsuko Chida : voix; Ensemble Ictus; Georges-Elie Octors)

Frottola

Chiunche nasce a morte arriva
nel fuggir del tempo; e’l sole
niuna cosa lascia viva.
Manca il dolce e quel che dole
e gl’ingegni e le parole;
e le nostre antiche prole
al sole ombre, al vento un fummo.
Come voi uomini fummo,
lieti e tristi, come siete;
e or siàn, come vedete,
terra al sol, di vita priva.
Ogni cosa a morte arriva.
(…)


Quiconque naît vient à mourir
Avec le temps, et le soleil
Ne laisse aucune chose vive.
S’en vont douceurs, s’en vont douleurs,
Et les esprits, et les écrits,
Et nos vielles lignées ne sont
Qu’ombre au soleil, fumée au vent.
Comme vous, nous fûmes hommes,
Joyeux et tristes, comme vous ;
Et maintenant, comme voyez,
Terre au soleil, privée de vie.
Toute chose vers la mort va.
(…)

(Michel-Ange – Poèmes)

Ecoutez Frottola d’Igor Ballereau (Jody Pou : chant ; Emily Manzo : piano ; Joe Bergen : cloches ; Calvin Wiersma : violon ; Danielle Farina : alto ; Chris Gross : violoncelle)

Mouvement encore des choses

About all the turns of the scaping from the break and flooding of wave to its run out again I have not yet satisfied myself.


Des variantes et des formes des vagues qui se gonflent, se brisent et redescendent, je ne suis pas encore rassasié.

(Gerard Manley Hopkins – Journal ; 10 Août 1872)

Ecoutez Mouvement encore des choses d’Igor Ballereau (Ensemble Aleph – Dominique Clément : clarinette ; Noëmi Schindler : violon ; Christophe Roy : violoncelle ; Sylvie Drouin : piano)

Hic Situs Est Sit Tibi Terra Levis VIII.

…namque ego te semper quaeram adsidueque tuos voltus fingam…


…car toujours et sans cesse je chercherai à recomposer ton visage…

(Fragment d’épitaphe romaine : Tombe de la petite Terentia Asiatica, élevée par son père, P. Terentius Quietus; route de Caere, Cerveteri.)

Ecoutez HSESTTL – VIII., extrait d’HSESTTL d’Igor Ballereau (Les Cris de Paris – Geoffroy Jourdain)

To Dolly Argles

Some children have a most disagreeable way of getting grown-up : I hope you won’t do anything of that sort before we meet again.


Certains enfants ont une bien désagréable habitude, qui est de devenir grands : j’espère que vous ne ferez rien de semblable d’ici notre prochaine rencontre.

(Lewis Carroll – Lettre à Dolly Argles ; 28 ? Avril 1868)

Ecoutez To Dolly Argles, extrait de Lettres à des amies-enfants d’Igor Ballereau (Jody Pou – Ensemble S :I.C.)